Jeudi 6 janvier 2011
Un an après la disparition brutale de Philippe Séguin, Alain Cousin a accepté de répondre à quelques questions sur le parcours que les deux hommes ont eu en commun, de leur rencontre en 1988 à ce triste 7 janvier 2010.
Philippe Séguin et Alain Cousin
La rencontre… « C’était en 1988. J’étais un jeune député tout juste élu. Arriver à l’Assemblée nationale à 41 ans, c’est un peu comme faire sa première rentrée au collège. On regarde avec une forme d’inquiétude et d’admiration les plus anciens… Dans le cas d’espèce, il y avait notamment un certain Philippe Séguin, impressionnant déjà par sa stature physique et monumentale. Son côté très énigmatique m’a immédiatement marqué. Il paraissait impatient (sa jambe remuait sans arrêt) mais il prenait la parole très rarement. Une parole qui, lorsqu’elle s’élevait, un peu rauque, était d’une incroyable pertinence, concise et forte. »
Les Rénovateurs : « Incarnée par Philippe Séguin, Michel Noir et quelques autres, elle était la marque d’une génération politique qui appréhendait l’engagement public différemment de ce qui se pratiquait alors. C’est à cette époque que j’ai compris que la responsabilité des élus, outre leur engagement sans faille au service de leur pays, était de permettre aux nouvelles générations de prendre des responsabilités. Le pouvoir ne doit pas être confisqué, il doit se partager et être transmis. »
Maastricht : « Un référendum, un débat d’une qualité rare qui transcende les partis, un intérêt de toute une population, Maastricht, c’est un moment fort de ma vie publique. Je me suis beaucoup engagé sur ce texte aux côtés de Philippe Séguin. J’ai d’ailleurs souffert de voir certains cataloguer celui qui sera quelques mois plus tard le président de l’Assemblée nationale d’anti-européen. Il fallait vraiment ne jamais avoir lu ou écouté Philippe Séguin pour oser prétendre cela. Il était, au contraire, un européen exigeant. Il refusait simplement de soutenir une construction européenne exclusivement tournée vers la finance et l’économie. Pour Philippe Séguin, comme pour tous ceux qui ont l’ont suivi dans cette campagne en 1992, l’Europe ne pouvait se construire sur des fondements solides qu’avec une dimension politique et sociale forte.
Maastricht prévoyait de bâtir une Europe trop dépendante de l’argent, trop libérale et surtout pas assez protectrice pour combattre efficacement les dérives qui nous conduisent aujourd’hui, en partie, à cette crise que nous subissons tous depuis trois ans maintenant.»
Séguin, président de l’Assemblée nationale : « 1993, le résultat des élections législatives sont sans appel. Une marée bleue historique entre à l’Assemblée nationale. A ma plus grande joie, Philippe Séguin est élu Président de l’Institution dans laquelle j’ai l’immense privilège de siéger depuis 5 ans.
Président de l’Assemblée nationale, Philippe Séguin aura, là encore, marqué de son empreinte son passage. Il l’a réformée, modernisée et sur tous les bancs de l’hémicycle, chacun s’accorde à reconnaître aujourd’hui qu’il a été l’un des meilleurs présidents de l’Assemblée nationale. Autorité respectée y compris par ses adversaires politiques, qui lui ont tous reconnu son impartialité lorsqu’il était installé au Perchoir, Philippe Séguin a acquis au fil du temps une véritable stature d'Homme d'Etat.
En 1997, à son retour de l’Elysée où il venait de rencontrer (comme c’est d’usage) le Président de la République, Philippe Séguin nous a annoncé (en avant-première… avec quelques proches dont François Fillon) que Jacques Chirac allait dissoudre l’Assemblée nationale. Un choix que Philippe Séguin comme quelques autres ne partageaient pas du tout à l’époque et avant même de constater l’ampleur de l’échec qui allait suivre… »
Séguin, l’Homme d’Etat : « Philippe Séguin, c’est d’abord et avant tout, une connaissance incroyable de notre Histoire. L’Histoire de France faite par ces hommes et ces femmes issus de tous les horizons politiques, de toutes les classes sociales, etc.
Très imprégné par ce passé qu’il a étudié par passion et aussi parce que son père a perdu la vie sous l’uniforme français en métropole lorsqu’il était enfant à Tunis, Philippe Séguin n’a jamais séparé sa vision politique de cette Histoire.
Républicain convaincu, il a toujours considéré que la vision partisane qui réduisait en deux camps la pensée politique était une gageure, un non-sens, une grave erreur historique.
Philippe Séguin était un homme d’Etat car il plaçait l’intérêt supérieur de son pays au dessus du reste, c’est-à-dire des petites combinaisons politiques qui, lorsqu’elles sont décryptées, ne donnent pas une haute idée de l’engagement public à une opinion qui n’en demande le plus souvent pas tant… »
Séguin, intime : « Ce que j’ai toujours apprécié dans notre relation, c’est qu’il n’y avait pas cette idée insupportable du courtisan cherchant les faveurs du roi. Philippe Séguin haïssait l’esprit de Cour. Nos entretiens, nos rencontres étaient marquées par la simplicité et l’envie de travailler ensemble. Philippe Séguin, en parfait méridional, embrassait facilement ses amis, parlait beaucoup du regard et pouvait se montrer parfois volcanique. Un tempérament « latin » doté d’un caractère fort et d’un cœur énorme. Je me souviendrais très longtemps de ses 60 ans. Nous étions peu nombreux à cet anniversaire mais tous ses amis, politiques, intellectuels, etc. qu’ils soient de droite ou de gauche étaient là, près de lui… rappelant ainsi le formidable itinéraire de ce hussard de la République dans la France d’en bas, d’en haut et d’ailleurs… »
Philippe Séguin, Bernard Accoyer et Alain Cousin
Séguin et la Basse-Normandie : « Je me souviens plus particulièrement de deux visites. L’une correspond à un déplacement de campagne. Il avait insisté pour venir me soutenir ici, chez moi. Nous roulions sur la VLO, la route touristique dans la Manche, à bord d’un Monospace. Je fais le guide, et, à la faveur d’un temps clément, je lui montre les îles anglo-normandes que l’on aperçoit au loin. Sa réponse est immédiate… « J’ai une idée ! Nous allons envoyer notre armée prendre l’île de Wight par surprise. Cela nous permettra ensuite de négocier avec les Britanniques la restitution des îles anglo-normandes à la France ». Fou rire dans la voiture avant une réunion publique où Philippe Séguin a laissé un grand souvenir à ceux qui y ont assisté…
La seconde anecdote, c’est un coup de fil passé par Philippe Séguin. Il me dit qu’il va venir assister au match de Première Division Caen-PSG, son équipe de cœur, à d’Ornano. Nous nous retrouvons dans les tribunes. 90 minutes passées à regarder une rencontre aux côtés de celui qui fut, de l’avis général, l’un des plus grands spécialistes du football français… Un bon moment qui s’est prolongé dans un excellent restaurant du port de Caen en compagnie de Sophie et Jean-Louis Valentin, ses deux autres amis valognais.
7-01-2010, la disparition de Philippe Séguin : « Il est tôt ce jeudi 7 janvier 2010. Il fait frais. Je suis dans une voiture en direction de l’aéroport d’Orly lorsque mon téléphone portable sonne. C’est un texto. Un texto de mon jeune frère Claude qui m’apprend que Philippe Séguin vient de disparaître. Je me souviendrai de ce jour comme d’un certain 11-septembre. Pour un Séguiniste de cœur et de conviction, ce 7 janvier 2010 est nécessairement une date toute particulière. »
Philippe Séguin, l’héritage : « Au-delà de la voix, il va rester la pensée si souvent brillamment retranscrite dans d’innombrables textes, discours et ouvrages. Philippe Séguin dormait peu mais lisait et écrivait beaucoup. C’est une chance pour nous tous. J’incite d’ailleurs toutes celles et ceux qui souhaitent s’engager dans la vie publique, de lire et de s’inspirer de ce qui peut s’appréhender comme l’héritage de Philippe Séguin.
Philippe Séguin, l’Homme d’Etat, est présent à chaque mot, chaque virgule, chaque phrase. Sa vision, qui restera, j’en suis convaincu, d’une rare modernité, mérite d’être transmise et étudiée.
Aujourd’hui, j’ai conscience de la rareté de ce type d’Homme d’Etat et je suis, il est vrai, très heureux d’avoir eu la chance de la côtoyer personnellement. Il a, sans doute possible, marqué ma propre histoire politique. »
Lundi 3 janvier 2010
Question Ecrite parue au Journal Officiel le 28 décembre 2010
M. Alain Cousin attire l'attention de M. le ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l'aménagement du territoire sur l'interdiction de la pêche de la raie brunette décidée par la Commission européenne il y a trois ans. Or, selon les professionnels, une réouverture semblait de nouveau envisageable si elle était assortie d'un suivi scientifique. C'est une option soutenue par les professionnels qui avaient d'ailleurs fait plusieurs propositions pour encadrer de façon stricte la réouverture de cette pêcherie. Aujourd'hui et malgré une réelle avancée dans ce dossier, la fermeture de la raie brunette est encore d'actualité. Cette situation a des conséquences parfois très difficiles pour les pêcheurs spécialisés dans ce type d'activité. Aussi, il lui demande si le Gouvernement entend œuvrer pour une réouverture de la pêche à la raie brunette dans des délais très brefs.
Samedi 1er janvier 2011